En ce vendredi que j’ai découvert la journée internationale de la fille, ou des filles, selon l’Onu, qui ne publie pas le même communiqué en français et en anglais, j’ai retrouvé un morceau de musique que j’ai chanté, autrefois ; j’ai écrit sans m’y attarder un texte, l’ai lu et enregistré tout aussi vite, envoyé à 2-3 personnes, une copine m’a demandé s’il serait disponible en ligne.
Alors oui, finalement : c’est juste un petit mot pour toutes ces passantes ou compagnes de route, et puis pour la jeune génération pour qui on espère, avec un soupçon de confiance, un monde moins absurde. Je demande une certaine indulgence, le tout a été bouclé en un rien de temps, et même si celui-ci ne fait rien à l’affaire il peut parfois y contribuer… et en plus l’automne a eu raison de mon système ORL.
Je remercie Khalil Gibran, Claire et Éric, Albert Camus, pour leur contribution.
Le court texte écrit :
11 octobre, journée internationale de la ou des filles, depuis 2012.
Quoi de mieux que Blue Bird (plutôt que Pink Floyd) pour un hommage, une pensée, un sourire à toutes ces filles, ces petites filles, ces jeunes filles, ces adolescentes d’avant 2012 ?
À toutes ces enfants qui gardent un souvenir excellent ou exécrable de leurs 15 ou 20 premières années, à celles qui ont et n’ont pas été bercées, à celles qu’on a ou n’a pas écoutées, à toutes celles qu’on a niées, ignorées, à celles qu’on a accusées et culpabilisées, « tu me feras toujours mourir de peur », « tu n’es qu’un sarment sec », « si je te le dis c’est que c’est vrai, tout ce que tu dis c’est pas écrit dans l’Évangile », « tu m’inspires pas confiance », « je te croyais plus forte que ça », « ce que tu dis c’est pas possible », « espèce d’effrontée, baisse les yeux ; et regarde-moi quand je te parle », « je suis vraiment pas fière de toi », ou juste le silence, parfois la honte et la peur du qu’en dira-t-on, l’absence de respect, à celles qu’on a secouées, à celles qui ont eu un frère humilié mais tout-puissant qui seul comptait, à celles qu’on a privées de lecture, de musique et de mots, de mouvement, de sens et de beauté, à celles qui n’avaient pas le droit de sentir et penser, à celles qui ont été malades, à celles qui ont grandi dans la terreur et l’absence, à celles qu’on a tenté de posséder, à celles que l’institution a enfermées (quand les garçons étaient libres d’aller), à celles aussi que la guerre a bombardées, que la faim a esquintées, que la c*** et la haine ont tuées.
À toutes ces enfants qui, un jour, ont croisé une copine, une amie, une sœur, une femme, une adulte qui leur aura donné de l’affection, de la gentillesse, de l’amitié, une pensée ou un sourire, un regard, une épaule, qui leur aura fait un cadeau inouï ou leur aura filé un sublime solo.
Vos enfants ne sont pas vos enfants, vos filles ne sont pas vos filles ; elles sont le pavot, bleu, de la terre ; et vous, enfants, aimez vos parents si ça vous convient, ne vous y sentez pas obligées, vos parents ne sont pas vos parents ; plus on vieillit et plus on trouve qu’on ne peut vivre qu’avec des êtres qui vous libèrent, qui vous aiment d’une affection aussi légère à porter que forte à éprouver.
À toutes ces enfants et ces adolescentes qui sont devenues des femmes, grâce à et malgré tout. Que la vie vous soit plus douce, petites qui venez après nous ; et drôle et tendre. On fait ce qu’on peut pour vous… dans les années 30, le blue eagle américain proclamait « We do our part » : on essaie, on est nées au siècle dernier, on s’ajuste à toutes les secondes pour partager ou répéter le jurement de ne surtout pas prolonger la transmission empoisonnée.
Et puis on a parfois fini par comprendre que la paix et la beauté existent, et la douceur, et la joie, quoi que notre enfance ait tenté de nous faire croire.
Bonne fête les filles, à vous de jouer, et tous les jours ; on est là et on sera là.
Et le court texte dit, avec Blue Bird (source : Stanford, The Blue Bird, The Choir of Gonville and Caius College, Cambridge)